La pandémie a chamboulé notre quotidien dans ses moindres recoins, y compris celui que beaucoup considèrent comme le plus intime : la sexualité. Confinements répétés, claustration, distanciation sociale, peur du contact… En Belgique comme ailleurs, l’épidémie de COVID-19 a mis en pause voire en tension la vie sexuelle de nombreux couples et célibataires. Aujourd’hui, alors que le masque est tombé et que la proximité physique est redevenue possible, une question se pose : comment redonner vie à sa sexualité ? Dans ce contexte post-COVID, redécouvrir l’intimité demande parfois courage, nouveauté et communication. Cette métamorphose de la sexualité post-pandémie mérite qu’on prenne le temps de la comprendre et d’y apporter des réponses concrètes.
Ce que la pandémie a changé dans notre rapport à l’intimité
Isolement, stress et désynchronisation des désirs
Pendant les mois où l’on n’avait d’autre choix que de rester chez soi, la proximité constante ou, au contraire, l’isolement prolongé a pesé sur les liens charnels. Les couples ont vécu à deux vitesses : certains ont découvert une routine sexuelle revitalisante, d’autres ont vu leur libido s’étioler.
Quant aux personnes seules, elles ont parfois expérimenté une forme de privation sensorielle. Ce manque, à la fois physique et émotionnel, a eu pour conséquence de modifier profondément la perception de la sexualité. Une enquête menée en 2022 par l’UCLouvain a révélé que près de 42 % des Belges interrogés déclaraient avoir vu leur vie sexuelle régresser durant la pandémie.
L’essor de la sexualité virtuelle
Face à l’impossibilité du contact, nombreux sont ceux qui se sont tournés vers des formes alternatives d’éveil érotique : sextos, appels vidéo coquins, ou encore contenus pour adultes personnalisés. Cette numérisation de l’intimité a certes permis le maintien d’une forme de sexualité, mais elle a parfois aussi contribué à désincarner le plaisir. Avec des avantages — comme une exploration plus libre des fantasmes —, mais aussi des effets secondaires : une forme d’addiction, une perte de lien émotionnel ou un retour complexe au tangible.
Sexualité post-pandémie : entre hésitation et renouveau
Une libido en demi-teinte ?
Nombreux sont les Belges qui, aujourd’hui encore, peinent à retrouver un rythme sexuel satisfaisant. Plusieurs facteurs expliquent cette difficulté : une surcharge mentale post-traumatique, une fatigue persistante ou l’installation de nouvelles habitudes plus solitaires. La sexualité pandémie a donc laissé des traces dans les façons de désirer et d’entrer en contact avec l’autre.
Le défi réside à présent dans la reconnexion. Comment écouter à nouveau son corps, son envie, et surtout, celle de l’autre ? Selon les sexologues belges, la clé se trouve dans la lenteur, l’écoute authentique et la créativité.
Le retour au toucher : des gestes à réapprivoiser
Il ne faut pas sous-estimer l’incidence du “vide tactile” prolongé qu’ont vécu beaucoup d’individus. Le toucher, essentiel dans la vie affective et sexuelle, a parfois été réappris comme on apprend une langue étrangère. Pour certains, les câlins sont revenus avec spontanéité. Pour d’autres, il s’agit encore d’un exercice d’ouverture.
Voici quelques pistes pour remettre du lien corporel dans sa vie :
– Privilégier les massages sans but sexuel ;
– S’offrir des moments de tendresse gratuite (câlins, caresses lentes) ;
– Explorer des pratiques douces comme la sexualité sensorielle, décrite dans cet article éveil de la sexualité sensorielle ;
– Communiquer ouvertement sur ses ressentis (gêne, plaisir, attentes…).
Conseils concrets pour relancer l’intimité
1. Réinventer le cadre érotique
L’environnement joue un rôle souvent sous-estimé dans le désir sexuel. Après des mois à télétravailler dans la chambre à coucher ou à associer son lit au repli, il devient vital de redonner une « autre » fonction à l’espace.
Essayez ceci :
– Changer la disposition d’une pièce pour la désexualiser/résexualiser ;
– Utiliser les parfums, bougies ou musiques sensuelles pour recréer une atmosphère propice ;
– Aménager un petit coin dédié à l’intimité : coussins, tentures, lumière tamisée.
2. Faire un bilan de désir à deux
On parle beaucoup de communication dans le couple, mais peu savent comment engager une conversation véritablement constructive sur la sexualité.
Voici un tableau pour vous guider :
| Questions à se poser | Pourquoi c’est utile |
|---|---|
| Qu’est-ce que j’ai aimé découvrir sexuellement pendant la pandémie ? | Faire émerger des éléments positifs oubliés |
| Qu’est-ce qui me bloque encore dans mon corps ou mes envies ? | Détecter les résistances personnelles |
| Quelles choses avons-nous mises de côté et que j’aimerais reprendre ? | Relancer la flamme progressivement |
| Quels fantasmes nous tentent mais ne sont pas encore explorés ? | Ouvrir de nouvelles portes ensemble |
3. Tester des expériences nouvelles
Redécouvrir sa sexualité peut passer par une légère prise de risque ou tout simplement, une nouveauté douce. Quelques suggestions :
– Une balade érotique en nature pour stimuler les sens ; lisez à ce sujet notre article explorer vos sens en nature ;
– Un atelier de massage tantrique ou une initiation en ligne ;
– Des jeux de rôles ludiques pour réinjecter du jeu et de l’imagination ;
– La redécouverte de la masturbation mutuelle, parfois plus connectante qu’un rapport classique.
Et pour les célibataires en Belgique, où en est-on ?
Rencontrer dans l’ère post-pandémie
Les applis de rencontre ont explosé pendant les confinements. Aujourd’hui, elles restent la porte d’entrée privilégiée, mais nombreux sont ceux qui aspirent à un contact plus organique. On observe une hausse des évènements en présentiel comme les cercles de parole érotiques, les ateliers de développement sensuel ou les soirées thématiques non-sexuelles mais affinitaires (danse, jeux de société, etc.).
Ces formats permettent de renouer sans la pression du résultat sexuel immédiat. Oser sortir seul(e), participer à des rencontres autour du toucher ou du regard, c’est déjà honorer son désir d’intimité.
Recréer de la sécurité intime
Si la sexualité pandémie a été synonyme d’aventure solitaire, il faut bien souvent (ré)apprendre à faire confiance. Cela passe par :
– L’auto-validation de ses besoins (ne pas se forcer à « performer ») ;
– L’écoute émotionnelle de son partenaire d’un soir ou de cœur ;
– La capacité à dire non, mais aussi oui – pleinement.
La sexualité n’est jamais une obligation. Elle peut redevenir un espace d’exploration, libre de jugement.
Le rôle crucial des professionnels dans la relance de la sexualité
Quand consulter un.e thérapeute sexuel.le ?
Il n’y a aucune « norme » de fréquence ou de performance à atteindre après la pandémie. Mais certains malaises signalent qu’une aide extérieure pourrait être bénéfique :
– Manque complet de désir persistant sur plusieurs mois ;
– Douleurs inexpliquées ou panique liée au contact corporel ;
– Difficultés de communication sexuelles malgré l’envie ;
– Problèmes d’érection ou de plaisir durablement installés.
Des structures comme les plannings familiaux, les centres de santé sexuelle ou les psychologues spécialisés en Belgique proposent des accompagnements adaptés.
Vers une sexualité plus consciente
Et si cette crise avait offert une opportunité rare ? Celle de sortir du pilotage automatique. La sexualité post-pandémie peut devenir plus lente, écologique, incarnée. Moins basée sur la « performance », et davantage tournée vers le « goût de l’autre ».
Pour ceux qui souhaitent approfondir cette voie, des approches comme la sexualité tantrique ou l’exploration sous hypnose offrent une belle alternative aux schémas classiques. Vous pouvez consulter notre article sur l’exploration de soi par l’hypnose.
Un futur sensuel à réécrire ensemble
Notre sexualité a été mise à rude épreuve. La pandémie a redéfini nos repères, nos envies, parfois notre image de nous-mêmes dans le désir. Mais elle a aussi permis de poser un regard neuf sur une dimension que l’on prenait souvent pour acquise. Aujourd’hui, les Belges peuvent choisir, collectivement et individuellement, de ralentir, de dialoguer, de créer. De transformer la sexualité en un lieu d’ancrage, de joie et de complicité.
Osez faire le premier pas, même s’il est maladroit. L’intimité ne se décrète pas, elle se cultive.
Et vous, où en êtes-vous dans votre propre redécouverte ? Partagez, explorez, rencontrez — mais surtout, reconnectez-vous sans pression. Parce que le plaisir, après tout, n’a jamais été une course, mais une présence partagée.




